David Manise - spécialiste survie et autres saloperies
lundi 1 mars 2010
Ne pas gaspiller
Je dis souvent que je vois un peu la vie comme une tablette de chocolat. C'est con d'attendre le dernier carreau pour vraiment l'apprécier. Pourtant les gens qui en sont au dernier carreau, eux, ils l'apprécient vraiment parce qu'ils savent que c'est le dernier...
J'aime pas l'idée de vivre sa vie comme si chaque jour était le dernier... ça empêche un peu de penser à long terme. Mais d'apprécier chaque moment comme si ça pouvait être le dernier (parce qu'en fait, eh... c'est peut-être le dernier non ? franchement ?), ça oui.
Je n'ai pas de leçons à donner bien sûr. Je gaspille tous les jours un peu trop de ce précieux temps qui m'est prêté. Mais de moins en moins... :)
Voilà c'est tout.
Là je vais aller profiter.
David
jeudi 11 février 2010
Chevaucher la bête...
Dans la notion de liberté, on inclut souvent, voire toujours, cet aspect de diriger, d'orienter, de décider. Mais on oublie presque toujours qu'il faut avoir quelque chose à orienter. Ce quelque chose, c'est justement ça : cette bête. Cet animal qui vit en nous tous, et qui veut vivre.
Toutes les grandes traditions, de la psychanalyse au shamanisme, en passant par diverses philosophies et d'innombrables cultes traitent de cette problématique là, et ce presque exclusivement. Toutes différemment bien sûr. Certaines prônent sa libération totale, d'autres sa répression absolue, d'autres un équilibre statique ou dynamique. Mais le fait est que c'est un thème récurrent et fondamental, dans toutes les cultures humaines. D'avoir à la fois cette faculté toute simple et toute animale de vivre, et une conscience dessus qui dirige... ou pas :)
Les premières fois de ma vie où j'ai été remis en contact avec cette bête ont été brutales, violentes. Agressé, mis en situation où ma survie était en jeu, je me souviens de scènes d'une intensité et d'une sérénité absolues, d'un détachement parfait et d'une puissance incroyable. Je voyais tout couler au ralenti. Une seconde durait mille ans. J'avais le temps, me semblait-il, de peser le pour et le contre, et même de m'étonner de ma propre lucidité, de ce détachement. Voyant ce tabouret arriver vers ma tête j'avais le temps de philosopher intérieurement sur les causes de toute cette violence, de positionner mon corps parfaitement pour être bien placé, de rediriger l'assaut, et d'éclater un os zygomatique... le tout en une fraction de seconde où j'avais tout mon temps... Ce jour là j'ai subitement pris conscience du fait que cette bête là, cet ange gardien, était en moi, et qu'il ne m'abandonnerait jamais. Je le croyais "autre". Mais en fait c'était moi. C'est moi.
Certains l'appellent leur âme, leur "ça", leur petit démon intérieur, leur goua'ould :) D'autres lui donnent la forme d'un animal totem. D'autres l'intellectualisent et savent qu'elle est le fruit de l'évolution. Une chose est certaine, si on vous demande de l'argent pour vous aider à le retrouver, envoyez paître... il est juste là, assis devant cet écran. C'est vous.
Mais il est facile -- ô combien facile !!! -- de perdre le contact avec cet aspect de notre personne... plusieurs pièges nous y poussent, nous en éloignent, nous déconnectent. La peur de perdre le contrôle... La peur de sortir du cadre, d'être mal vu, d'être rejeté. La peur de s'extraire de la société, de cette masse rassurante d'où rien ne doit dépasser. La peur de trouver en soi, en cette reconnection, la certitude qu'en fait on n'est pas aussi heureux qu'on le pensait... Les inhibitions apprises. L'éducation castratrice. La bienpensance. La morale absurde.
On se ment tellement facilement à nous-mêmes en nous imaginant que nous sommes entiers !!!
Je chevauche mon ours. Il est doux et musclé tout à la fois. Tout en rondeurs musculeuses, je m'agrippe dans les plis de son cou, je sens son souffle infini. Je pense et il sait déjà où on va. Et on y est déjà. Et grâce à lui j'ai envie d'y aller. L'harmonie est atteinte. L'équilibre des forces est là. La conscience ne cède rien. La puissance s'exprime avec une pleine efficacité grâce à ce contrôle, et inversement. J'avais oublié à quel point cet ours était puissant. Il m'a attendu bien sagement, même si pendant tout ce temps j'étais occupé ailleurs...
J'en suis de plus en plus persuadé, il est de notre DEVOIR de nourrir, d'entretenir, de soigner la connexion intime qu'on a avec cet aspect là de nous-mêmes. Parce que s'il y a bien quelque chose de sacré dans un être humain, c'est ça.
(Pour ceux qui s'inquiètent subitement pour ma santé mentale, pas de panique, je suis conscient du fait qu'il s'agit d'une métaphore ;) ... je vais très bien.)
dimanche 7 février 2010
35 ans
Cet état de débordement ne m'a pas lâché depuis cette nuit... de l'extérieur rien ne se voit, je pense... peut-être un petit sourire en coin, une liberté dans mes mouvements, un relâchement tout en puissance... J'ai l'impression d'être un émetteur qui envoie 12 mégawatts de bon jaja :)
Comme c'est bon d'avoir 35 ans et d'avoir déjà vécu trois vies... d'avoir un corps en santé malgré les cicatrices, qui pourra servir encore longtemps. D'avoir un esprit qui vient de commencer vraiment à déchirer les brumes rassurantes qui lui camouflaient la réalité. D'être entouré de gens aussi précieux.
Pète tes chaînes, petit ours. Arrache tout :) Arrache tout, ça va être trop bien :)
:)
mardi 29 décembre 2009
La vie sauvage, le "bushcraft" et la survie...
J'avais tort.
De fait, ayant grandi pieds nus dans la forêt au Québec, j'ai abordé la survie par ce qu'on pourrait appeler le bushcraft, ou la vie sauvage. Quand on me demande où j'ai appris telle ou telle technique, je réponds en général "et toi, t'as appris où à passer le balai ?"... Je suis tombé dedans quand j'étais petit, et j'ai appris de manière complètement informelle, en imitant mes oncles et mes cousins, en écoutant les histoires de chasse, les légendes de pêche, les récits des des uns et des autres... et en pratiquant beaucoup, parce que c'était facile, agréable. Parce que j'aimais ça et que quand j'étais fatigué ou de mauvaise humeur j'allais voir la "Pacha Mama" pour me reposer... J'ai toujours profondément aimé la nature, et ce sentiment d'union profonde entre mon être tout entier et la forêt, la montagne, le sable, la terre, l'eau pure d'une rivière ou le feu qui me chauffe... Difficile à expliquer, mais je ne sens pas particulièrement de distinction entre moi et la nature. Comme si les frontières de mon être étaient poreuses... et c'est bon, comme sensation :)
Puis, depuis 2003, l'efficacité et la méthode ont mis leur nez dans mes affaires intimes avec la Mama :) J'ai structuré, objectivé, condensé... j'ai mis au point des trucs pour enseigner. J'ai appris, notamment via Philippe Perotti et Alain Baeriswyl, des méthodes pédagogiques et une approche extrêmement efficace pour faire passer les savoirs vite et bien. Et de fait, de toute cette nébuleuse "sauvage" a émergé un cursus très précis, très riche, et très efficace. Et c'est très bien que ça existe aussi. C'est utile. C'est bon. Ca prolonge des vies.
Mais tout ceci étant fait, je retourne maintenant pister avec un immense plaisir. Je pars marcher tranquillement dans les sous-bois... je longe des torrents et des ruisseaux, et ça me fait un bien immense de me replonger dans tout ça, tout simplement...
Alors, quelle est donc cette fameuse différence entre la vie sauvage et la survie ? La finalité, le but est le même... d'apprendre à survivre et du même coup à vivre dans la nature ou ailleurs. La différence est dans le temps qu'on souhaite consacrer à l'apprentissage de tout ça. Le bushcraft, la vie sauvage, sont un apprentissage qui se fait en douceur, qui est long et riche, plein de redondance et de répétition où on fait, refait et recommence en soignant le geste, en prenant plaisir à bien faire. C'est une recherche du geste pur, de la conscience de ce qu'on fait. C'est un art autant qu'une science... et on apprend, on "s'entraîne" quotidiennement en se reposant, en se faisant plaisir, presque sans s'en rendre compte... et au final, sur la durée, on acquiert lentement mais sûrement un savoir-faire très profond, très enraciné, très robuste et qui sera utilisable aussi en situation d'urgence.
En survie, a contrario, on emploiera des méthodes un peu plus simples. Pas nécessairement les meilleures dans l'absolu, mais celles qui seront les plus faciles à transmettre efficacement et rapidement, et qui fonctionneront tout le temps... la survie s'apprend vite et bien. La vie sauvage se savoure. C'est une façon de faire qui s'infuse doucement en nous... très profondément.
Est-ce que les deux approches sont complémentaires ? Absolument pas. Elles sont juste différentes. Et c'est très bien ainsi... Les deux me font réellement penser à la distinction qui existe entre les arts internes chinois et les méthodes de self-défense. Les arts internes chinois demandent, pour le peu que j'en connais, des années avant d'être maîtrisés, et deviennent efficaces sur la durée, lentement, par imprégnation progressive, par un "travail long" ("travail long", c'est la traduction de "Gung Fu" !), alors que les méthodes de self sont conçues pour être transmissibles vite et bien au plus grand nombre, et pour être efficaces vite. Les uns sont élitistes, réservés à ceux qui ont envie de s'investir longtemps, doucement et paisiblement, sans espoir ni besoin que ça fonctionne rapidement. Les autres sont dans l'efficacité industrielle, et le pragmatisme rationnel.
Et c'est très bien que les deux existent.
Et oui, les deux sont conciliables. La preuve... ;)
mardi 15 décembre 2009
Survivor, tête de MUL !
(4kg, songez-y bien, c'est le poids d'un gros sac de rando type "mulet" VIDE !!!
Conceptuellement, la survie et la MUL sont diamétralement opposées. D'un côté le but est de gérer et de réduire les risques (survie). De l'autre, on réévalue en permanence la réelle pertinence de la marge de sécurité qu'on se laisse pour s'alléger (MUL -- et attention, je ne dis pas qu'ils ont tort parce que bien souvent le matos lourd ne donne qu'une fausse impression de sécurité, alors que les MULs ont tendance à bien évaluer les risques, justement). Pour "eux" nous sommes des paranos. Pour "nous" ils réduisent parfois trop la marge (de sécurité, de robustesse du matériel)... et donc nécessairement des points de friction apparaissent entre les deux groupes, ou plutôt entre certains esprits obtus qui ont une place dans chacun des courants... Ceci dit cette distinction "eux/nous" n'a pas lieu d'être car plein de gens naviguent et sont à l'aise dans les deux groupes ! :)
Moi, je suis avec grand intérêt le forum et le wiki des MULs, et j'y interviens dès que je peux pour y apporter mon humble expertise... et j'en retire des choses extrêmement pertinentes, tant pour ma pratique de la rando que pour mon matériel de survie, voire mes stages !
Le matos dit "MUL", soyons clairs, rend carrément possible l'utilisation de vrai matériel de bivouac comme fond de sac / kit de survie. A la limite, avec une liste de matériel XUL (tendance pure et dure de la MUL) bien gambergée, on rendrait toute compétence dite "de survie" quasiment obsolète... j'ai bien dit quasiment... mais un "fond de sac" à 2 kg qui permet de bien dormir à 0 ou -5°C, ou de survivre à -15°C ça me parle ;)
Là où je veux en venir, c'est que les connaissances développées en survie et en vie sauvage permettent aux MULs de s'alléger sans réduire leur marge de sécurité... et inversement les "survivors" profitent des innovations techniques et des analyses très intelligentes de la MUL, dans le but d'augmenter leur marge de sécurité sans s'alourdir, au contraire.
Bref, les deux approches s'enrichissent et se nourrissent mutuellement de manière très très intéressante... donc diamétralement opposés, oui.
Et tant mieux ! :)
lundi 7 décembre 2009
Les limites
Concrètement, on nous coupe les couilles, on nous arrache les ovaires, et on fait ça pour les mêmes raisons qu'on les coupe aux étalons, aux taureaux ou au béliers : pour qu'on soit plus cool et qu'on soit pas dangereux, et qu'on foute pas le bordel dans la bergerie.
Bien sûr, il existe des limites réelles, objectives, et qu'on peut vérifier très facilement. Les lois de la physique sont assez intéressantes dans ce genre là. Si t'es plus dense que l'air et que t'as pas d'ailes, tu peux pas voler. Ceci dit, pour plein de trucs, on vit à l'intérieur de limites parfaitement artificielles... qu'on s'impose nous-mêmes, à force d'y avoir été entraîné. Et c'est un entraînement, un conditionnement quotidien.
- Fais pas ça, c'est dangereux !
- Marche pas pieds nus, tu vas attraper la grippe A !
- Parle pas aux gens que tu connais pas !
- Sois un pauvre connard décérébré qui a peur de trucs sans même savoir pourquoi !
En fait, on fonctionne avec des stéréotypes, des images floues et biaisées de la réalité qu'on nous bourre dans le mou du berceau jusqu'à la mort. Ca commence avec ces connasses de grand-mères qui nous disent qu'il faut pas manger de pain chaud, qu'on peut mourir... ça continue avec la maîtresse à l'école qui transfère ses propres peurs irrationnelles à des générations de gamins, et on continue dans la même veine chaque soir devant le JT alors qu'un premier de la classe bien sage nous explique de quoi on devra avoir peur demain.
Mais ALLEZ TOUS VOUS FAIRE ENCULER PUTAIN !!!
C'est quoi, c'est interdit de comprendre vraiment le truc ? C'est pas propre, c'est moche et c'est sale de chercher à connaître un sujet dans la profondeur et de se faire son idée par soi-même ? Faut pas trop réfléchir ???
J'aime pas trop les laisses, ni les limites, ni les clôtures, ni les barbelés. Surtout pas les barbelés mentaux qui nous laissent l'illusion de la liberté alors qu'en fait on n'ose tout simplement même pas penser à faire un truc... on a le droit de le faire, hein... mais faire quoi on le sait même plus.
Les seules limites que j'ai, c'est celles que j'accepte de ne pas faire reculer.
vendredi 27 novembre 2009
Aucun rapport
On vit dans un monde où le pouvoir sur autrui, le salaire, les responsabilités que les gens acquièrent n'ont aucun rapport avec leur niveau de compétence ni leur degré d'humanité.
Triste constat.
Moi j'ai du pot. Mon chef m'engueule plutôt pour que je fasse moins d'heure, et que je prenne du temps pour ma famille et pour moi... mais c'est pas le cas de tout le monde
Je vais aller faire mon Qi Gung. Ca sera plus constructif que de réfléchir à tout ça :)
David
jeudi 5 novembre 2009
Bienveillance réciproque
Ce qui rend possible ces petites bulles de coopération, de santé mentale, est la bienveillance dont ces gens font preuve les uns envers les autres. Une bienveillance non-ingérante, non intrusive, qui respecte les distances, les différences, les libertés. Mais une bienveillance réelle. Et réciproque.
C'est rare et précieux, de nos jours. Assez rare pour être défendu.
Sur qui pouvez vous VRAIMENT compter ? Qui pourriez vous appeler à l'aide à 4h du matin alors que ça chie vraiment ? Y a-t-il quelqu'un ? Y a-t-il quelqu'un qui pourrait vous appeler à l'aide, VOUS, à 4h du matin en sachant qu'il trouverait du renfort face à n'importe quel genre de problème ?
vendredi 23 octobre 2009
Je ne sais pas
Difficile d'apprendre quoi que ce soit quand on sait tout sur tout. Difficile de laisser de la place à de nouvelles choses quand on a la tête pleine de certitudes.
Dans notre monde où seuls les dominants ont droit au chapitre, où il est de bon ton d'être le mâle alpha, quitte à être tout seul, dans un monde où on doit toujours assurer, et où tout le monde s'autoproclame spécialiste de tout et de rien, ça nous fait souvent tout drôle de juste dire 4 mots simples : "je ne sais pas".
Pourtant ça vaut tellement mieux que d'inventer une réponse bidon. Ca fait tellement de bien en face, aussi... de juste avouer qu'on ne sait pas tout, et que celui/celle qui est devant nous a aussi quelque chose, peut-être, à nous apprendre. Ca remet tellement de choses bien sainement à leur place.
Dire "je ne sais pas", c'est sans doute la deuxième meilleure chose à dire après "rien du tout" ;)
mardi 13 octobre 2009
Le douleur n'est qu'une information
On n'aime pas parler de ces choses là. On n'aime pas travailler dessus non plus. On n'aime pas les vivre. On déteste les imaginer. Instinctivement, les animaux font tous plus ou moins en sorte d'éviter l'objet de leur peur, et de réduire le plus possible leur douleur. Mais contrairement à nous, ils ne semblent pas être en mesure d'imaginer ou d'anticiper, et de ce fait ils ne réagissent que quand la peur est réelle, que quand la douleur se fait réellement sentir. Le résultat est très simple : la peur et la douleur sont pour eux des outils simples qui leurs sont utiles pour éviter la mort. Des signaux d'alertes. Des vrais.
Chez nous, animaux dotés d'un cerveau disproportionné, la souffrance liée à la douleur ou à la peur se fait sentir bien avant les phénomènes réels : nous imaginons la peur, nous anticipons la douleur, et nous installons de ce fait une marge de sécurité parfois énorme entre nous et une réalité dangereuse pour notre santé. Le résultat est simple : anticipant trop, nous vivons dans une anxiété permanente. Nous avons peur d'avoir peur, peur d'avoir mal, et nous ne vivons plus.
Dans la vie, on a mal. Et on a peur. La douleur est plutôt saine : elle nous prévient d'un truc nocif pour nous. La peur aussi. Elle nous dit clairement que nous nous approchons d'un truc dangereux. S'arrêter quand on commence à avoir peur est souvent suffisant. S'arrêter juste avant d'avoir mal aussi.
Maintenant, la douleur, comme la peur, sont des informations assez subjectives. Mon grand frère Patrick dit souvent que "la peur ne supprime pas le danger". Manière assez explicite de dire que le fait d'avoir peur ne suffit pas à nous mettre en sécurité, et que les actes de protection réels sont plus efficaces. A l'inverse, un sentiment de sécurité ne supprime pas le danger non plus, et la plupart des gros accidents, des vrais, surviennent dans des situations à risque où les gens n'ont justement pas peur -- soit par habituation, inconscience ou bêtise.
La douleur, de même, peut être exacerbée dans son ressenti si on y attache une grande importance, ou être littéralement mise de côté quand on l'accepte ou la néglige réellement. La douleur est réellement une information, un influx nerveux, qui arrive ou pas à notre champ de conscience... On peut réellement ignorer la douleur, comme lui attacher une importance démesurée. Chacun trouvera son juste milieu en fonction du contexte...
Et les doutes ?
Les doutes commencent à nous ronger quand on ne sait pas... quand on ne sait pas si la douleur va durer ou pas, quand on ne sait pas si la peur est fondée ou pas... le doute nous enferme dans une boucle sans fin où on analyse le même phénomène en tournant autour du pot sans jamais pouvoir voir dedans. Est-ce que j'ai mal parce que c'est grave ? Est-ce que j'ai mal mais sans que ça soit grave ? Est-ce que ce mec qui me fait peur est réellement dangereux, ou est-ce que je flippe pour rien ?
On doute, on tourne autour du problème, on cherche à obtenir des informations qui ne viennent pas, bien sûr... et on en même temps peur de les trouver, ces réponses à nos questions, des fois qu'elles nous déplaisent ! Donc ou tourne en rond, et on doute.
Et la souffrance ?
La souffrance survient quand on veut que la peur, la douleur ou les doutes s'arrêtent... mais qu'ils ne s'arrêtent pas... mais si on accepte la peur, la douleur et les doutes pour ce qu'ils sont, ils deviennent moins difficiles à vivre...
Tout le monde a peur. Tout le monde a mal. Tout le monde doute. Et tout le monde souffre aussi... parce que personne n'accepte d'avoir peur, d'avoir mal, ou de douter. Et en plus quand on nous demande, on répond toujours :
- "ça va et toi ?" :)
On n'aime pas que les autres sachent qu'on a peur, qu'on a mal, ou qu'on doute. La souffrance n'a plus la cote depuis longtemps. Et pis de toute manière, on souffre toujours seul... roulés en boule autour de notre bobo... comme si c'était un petit trésor précieux :)
lundi 12 octobre 2009
Go, libertés, survie, stratégie...
Chapeau bas, en passant aux pompiers de Die, et au SAMU de Valence qui ont fait du super boulot... en conservant leur liberté de mouvement dans un environnement pas évident (la Rover Rouge a failli verser avec un blessé dedans... c'était chaud !), et en assurant des communications parfaites.
Mais bon. J'arrive au coeur du sujet : la stratégie.
Chaque pièce d'un dispositif doit, pour être efficace, avoir au moins trois choses :
- sa liberté d'action, en se protégeant et se libérant de diverses contraintes... ces contraintes sont diverses et varient en fonction du contexte, mais ça va de l'alimentation en O2 du cerveau des équipiers à la possibilité de lever la tête sans prendre une balle, en passant par la régulation thermique, la vision (règle des trois, CVMD...), l'équipement adapté, etc.
- sa liberté de mouvement, pour être utile au bon endroit... cette liberté dépend des moyens de transport, du terrain, de la possibilité ou pas de passer (le4X4 des pompiers est un super véhicule, mais devant le bouchon sur la piste pour accéder au circuit il n'a pas pu passer...)... mais aussi des possibilités de navigation : savoir où on va et comment faire pour y aller ;
- sa liberté de communiquer : pour ça il faut des moyens de communication, mais aussi le droit de le faire, et quelqu'un en face qui écoute... sinon on communique tout seul.
Combien de chefs fournissent ces libertés là aux gens qui travaillent avec eux ? Combien de chefs les en privent, même involontairement ?
Un bon dispositif n'est pas utile tant que les éléments qui le composent ne disposent pas de ces trois libertés de base là. Or, tout le problème réside dans le contrôle des équipiers et de leurs actes, du point de vue du chef. Culturellement, le chef impose sa volonté et espère assurer la qualité du travail de ses subordonnés en restreignant leur liberté. On pense que moins un subordonné a de libertés, et moins il risque de faire d'erreurs. Ça peut être vrai dans une certaine mesure, mais passé un certain seuil, le subordonné perd une ou plusieurs de ses libertés essentielles dans la bataille, et devient inutile.
Un bon chef est un fournisseur de libertés. Il fixe une limite gauche et une limite droite. Il définit à l'avance ce que les équipiers n'ont pas le droit de faire. Il définit la tâche à accomplir, dans les grandes lignes, et avec juste assez de détails... et il laisse faire, en observant de loin, et en corrigeant seulement au besoin.
samedi 10 octobre 2009
Nouveau blog...
J'étais planté debout dans la rivière et je devais lutter pour rester où j'étais. Je viens de me laisser aller dans le courant. C'est mieux :)
A bientôt :)
Inculquer
Inculquer /ɛ̃.kyl.ke/ transitif 1er groupe (conjugaison)
1. Imprimer fortement une chose dans l’esprit de quelqu’un à force de la répéter.
* Il faut lui inculquer cette vérité.
* Cette opinion est profondément inculquée dans leurs esprits.
* Les proverbes s’inculquent facilement dans la mémoire.
Traductions
* anglais : to inculcate (en)*, to drill (en)
... inculquer.
C'est comme enseigner, mais à un niveau à la fois plus simple et plus profond. Plus animal. Plus primaire.
Enseigner la survie, la vie sauvage, les techniques qui vont avec, c'est bien. Mais en situation réelle, on sait bien que les savoirs trop complexes, les techniques trop fines, s'évanouissent avec le stress, la fatigue, le froid, la déshydratation... et plus globalement ce que j'appelle pompeusement "l'effet chimpanzé". Les techniques de survie apprises servent quand tout va bien. Et quand tout va mal, il nous reste celles qui nous ont été inculquées. Celles qu'on a apprises d'abord, puis qu'on a répété, répété, et répété. Celles qu'on a pratiqué sans relâche jusqu'à la perfection, jusqu'à ce qu'elles deviennent autant de gestes anodins qui nous semblent faire partie de nous depuis toujours. Si on ne peut pas le faire sans réfléchir, on ne peut pas le faire en situation d'urgence. Point à la ligne.
Mais comment fait-on pour inculquer... ? La pédagogie contemporaine nous sert des théories à rallonge sur l'apprentissage, mais s'éloigne (et tant mieux) de la répétition bête et abrutissante des écoles du passé. Certes, en répétant trois mille fois sa table du sept, pendant trois ans de suite, au primaire, on finissait par la savoir vraiment... mais est-ce qu'inculquer doit pousser les gens à l'ennui et à la dépression ?
Inculquer, c'est faire en sorte qu'un élève ait réellement, profondément et intimement intégré une notion, un savoir, une technique. Savoir est une chose. Maîtriser est encore mieux. Avoir intégré profondément et intimement est encore bien au-delà.
Prenons comme exemple une compétence relativement banale en apparence : allumer un feu. Tout le monde, ou presque, croit savoir le faire. Et de fait, beaucoup de gens y arrivent. Mais qui comprend réellement ce qu'il fait ? Qui sait comment optimiser l'allumage par temps de pluie, de neige ? Qui connait les essences d'arbre les meilleures pour faire démarrer un feu ? Qui sait réellement refendre son petit bois pour faire vite et bien de nombreux éclats ? Qui sait trouver du bois sec sous la pluie ? Qui sait comment regarder à travers la forêt pour trouver du bois sec sous la pluie ?
Si on pousse un peu l'analyse, on se rend compte, en fait, que "allumer un feu" est un geste simple, autour duquel gravitent d'innombrables micro-savoirs-faire qui sont simples eux aussi... mais qui mis bout à bout forment un ensemble de compétences inter-reliées, hautement interdépendantes, et donc forcément complexes.
Savoir allumer un feu, de fait, est un art qu'on peut parfaire à l'infini, en variant les méthodes, affinant les gestes, et en corsant la difficulté par l'emploi de bois humide, vert, pourri... ou simplement par des jeux de simulation (une seule main, les yeux fermés, avec le coeur qui bat à plus de 150 bpm, etc.)...
En tant qu'instructeur de survie, on me demande souvent une foule d'apprentissages, sans pour autant être conscient de l'importance de la profondeur, de l'épaisseur de ces apprentissages. On me demande d'enseigner un grand nombre de thèmes différents. Je préfère inculquer profondément les choses les plus utiles. Peu nombreuses, mais fondamentales.
Dans nos sociétés où on a l'habitude de zapper de manière transversale sans jamais rentrer en profondeur dans quoi que ce soit, ça fait tout drôle, parfois. Pourtant si je fais correctement mon boulot, je me dois de BIEN inculquer PEU de choses.
La répétition est un facteur clé. Le défi est de taille : comment faire répéter des choses aux gens sans qu'ils ne s'ennuient ? C'est très simple : par le jeu et la mise en situation. Et l'application répétée et implicite des compétences fondamentales dans des activités variées.
Regardez un boxeur... il travaille quoi, cinq techniques dans sa vie ? Jab, direct de la main arrière, crochet, uppercut, esquives et jeu de jambe... et il les travaille jusqu'à l'ultime intégration, l'ultime perfection. Vous avez déjà vu un bon boxeur travailler ? C'est hypnotique. Cinq gestes qui sont tellement bien inculqués, justement, qu'ils dégagent une impression de puissance et de perfection qui scotchent n'importe quel personne avertie. Mais pour ça il faut aller voir les détails. Il faut creuser. Il faut avoir pris le temps...
Quelqu'un, récemment, m'a dit une chose qui m'a fait réellement chaud au coeur alors qu'il me demandait de lui enseigner mon "art". Il m'a dit "j'ai du temps".
Pour des gens comme ça, j'en ai aussi.
David
La simplicité vient avec la pratique
En tant qu'instructeur de survie, on a toujours la pression... les gens, les journalistes, les stagiaires, l'opinion en général s'attend à ce que nous fassions des choses parfaitement hallucinantes, comme de tordre les lois de la physique, ou de changer le cours de l'espace-temps... ou plus simplement de toujours trouver à manger sur le terrain, de pouvoir purifier l'eau de sortie des usines avec un bandana et l'imposition des mains, de savoir réanimer les morts ou faire démarrer les motos russes... ;)
C'est dur de résister à toutes ces attentes. C'est dur de regarder un stagiaire dans les yeux et de lui dire "non, ça c'est pas possible". Surtout quand on trouve en face des gens qui prétendent que c'est facile (même sans se donner la peine de démontrer). Il y a une surenchère dans les prétentions. Il y a beaucoup, beaucoup de choses qui sont possibles avec la gueule.
Mais dans la réalité, sur le terrain, on revient vite à des choses beaucoup plus simples, et on fait vite le tri entre la réalité et la fiction.
Comme le dit si bien une personne que j'estime : tout le monde cuisine avec de l'eau. Le seul secret, c'est qu'il n'y a PAS de secret. Il n'y a qu'une parfaite maîtrise de principes et de techniques fondamentaux. Du boulot, du boulot, et encore du boulot. La priorités dans l'ordre. Des principes simples. Des outils ergonomiques, et de bonne qualité. Du low tech de bonne facture. Du savoir faire... Il faut, au final, assez peu de moyens techniques, mais beaucoup de savoir-faire et de moyens humains. Il faut, au final, réfléchir et agir librement...
Tout le matos du monde ne remplacera pas la liberté. Ni la compétence. Ni le savoir-faire. Ni l'intelligence... et au final on sait qu'on a un truc qui marche quand on retrouve avec soulagement un peu de simplicité.
La simplicité, de fait, vient avec la pratique.
Courir dans du soleil liquide
Lever du soleil sur Barnave. Moi je suis dehors, baskets aux pieds, yeux encore à moitié fermés, pour mon jogging pré-prandial... Les rêves de la nuit n'ont pas encore quitté mon corps, et les pensées du matin sont informes, poreuses et fluides. Je dois me rendormir un peu, parce que tout de suite après, je suis sur la piste caillouteuse. L'air sent bon. Je rebondis à chaque pas sans effort. Mes poumons font le même gros bruit que le soufflet des mules. Passant entre les vignes, je me rends compte que tout baigne dans une lumière jaune dorée. Tout est en contre-jour. Jaune, doré, et noir. Le vert est doré. Le gris est doré. L'air est doré. Je suis seul. Même les arbres semblent encore dormir.
Je tire ma tête vers le haut pour avoir le dos bien droit. Je détends mes épaules, et je me laisse filer. Mes jambes m'emportent comme un cheval qui s'emballe. Mes pieds trouvent le bon endroit pour se poser tous seuls. Je suis le cavalier qui laisse filer sa monture. Je lui fais confiance. Les yeux ouverts.
Je trace. Je file. Le vent siffle dans mes oreilles. Et je baigne dans ce jus de soleil, cette lumière tellement dense que je flotte dedans. Je ne pèse plus rien. Je griffe le sol à chaque foulée. Derrière moi les cailloux s'envolent aussi.
Je trace. Je file. Le vent siffle dans mes oreilles et fait pleurer mes yeux... Il y a six mois,je ne savais plus marcher sans me tenir aux murs. Là je trace. Je file. La joie siffle dans mes oreilles et fait pleurer mes yeux.
Faire plus avec moins
Bon... récemment, des conversations avec une personne que j'apprécie beaucoup m'ont fait me rappeler d'un truc central, pour moi. Non pas que je m'en sois vraiment éloigné... mais comme l'air qu'on respire ou l'eau qu'on boit, ça finit par faire tellement partie de nous qu'on les oublie, qu'on les perd de vue.
Faire plus avec moins.
La survie, la préparation à la survie, l'acte de survivre. Par définition, tout cela est étroitement lié à l'indépendance, à la liberté. Plus nous sommes dépendants d'autrui, des grandes et fragiles chaînes logistiques, des énergies non renouvelables, des compétences d'une personne qu'on doit payer, du bon vouloir d'un puissant... tant qu'on est attaché, par un lien de dépendance, à quoi que ce soit, à qui que ce soit, on risque de se retrouver le cul à l'eau. Aussi simple que ça. C'est purement mécanique.
Évidemment nous le sommes tous, à divers degrés. Nous ne sommes pas tous médecins. Nous n'avons pas tous le temps ni les compétences de faire pousser des légumes ou de faire fonctionner une centrale électrique. Mais il est possible, tout en restant attaché à tous ces services, à tous ces objets, à tous ces gens, de garder un pied en dehors du carosse. De ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. J'adore la fiabilité hallucinante du réseau électrique français, et je paye mes factures, mais j'ai quand même quelques bougies à la maison... et un système de chauffage qui fonctionne sans électricité aucune. Ce faisant, je limite tout simplement les rapports de dépendance entre les systèmes qui servent à maintenir ma famille en vie. Notre système de chauffage peut rapidement devenir indépendant du système électrique. Toute notre existence n'est pas pendue à une seule et unique mamelle logistique (un supermarché), mais bien à plusieurs producteurs locaux. Par souci écologique, bien sûr, mais aussi pour limiter le nombre d'éléments du système qui assure notre subsistance. Quel système est réellement le plus robuste ? Celui qui se fait à la main avec le savoir faire du pays, et qu'on peut aller chercher à pieds ? Ou celui qui implique 97 produits chimiques, des centaines d'employés, de gestionnaires, d'intermédiaires, de grossistes, de transporteurs, de douanes, de routes et de magasins ?
Comme dans un tout système, plus il y a d'éléments, et plus ils sont interdépendants, plus le risque de dysfonctionnement est élevé. C'est pour cette raison que les couteaux fixes et les ponchos sont plus robustes et plus polyvalents que les couteaux pliants et les vestes de pluie. C'est aussi pour cette raison que le rasoir d'Occam tranche si bien. C'est aussi pour cette raison que le silence est d'or... C'est pour ça qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même.
Faire plus avec moins.
C'est un mode de vie. Simple. Pourquoi avoir 14 couteaux tous plus ou moins merdiques alors qu'on pourrait en avoir UN, mais un vraiment bien ? Pourquoi devrait-on avoir 12 sacs à main, alors qu'un sac à dos fait le même boulot ? Pourquoi, de nos jours, avons nous oublié le plaisir qu'on ressent quand on réussit à réparer son vélo avec un peu d'astuce, d'espièglerie, et un vieux bout de fil de fer ? Pourquoi est-ce que mon fils a une canne à pêche en fibre de carbone avec un moulinet ultra machin truc, et le droit de pêcher nulle part ? Pourquoi est-ce que derrière moi, là, j'ai une caisse pleine de magnifiques couteaux tous plus utiles les uns que les autres, alors que j'en utilise principalement un seul : mon vieux Mora tout pourri ?
Faire plus avec moins, c'est, en fait, limiter les rapports de dépendance qu'on entretient avec les objets. C'est être, soi-même, un système plus robuste avec moins d'éléments qui peuvent merder. Faire plus avec moins, c'est être forcé d'imaginer des solutions, c'est remplacer l'outil par un détour mental, c'est parfois être obligé de savoir, de comprendre, de réfléchir.
Dans nos sociétés, faire plus avec moins se heurte souvent à un obstacle majeur : la tentation du bel objet, l'envie de posséder, l'envie de se faire valoir comme était celui ou celle qui possède LE truc qui va bien... Mais comme le disait si bien Tyler Durden : les choses qu'on possède finissent par nous posséder.
Faire plus avec moins, c'est comprendre comment notre corps fonctionne. Faire plus avec moins, c'est avoir une bagnole sans trop d'électronique, et pouvoir la bricoler soi-même. Faire plus avec moins, c'est faire des pièces pour son vieux pantalon. Faire plus avec moins, c'est s'arracher les grands dorsaux suspendu à un manche de pioche au grenier... d'ailleurs c'est ce qui m'a d'abord séduit dans la méthode Lafay : c'est un joli détour mental pour arriver à s'entraîner bien avec peu de matériel. Faire plus avec moins, c'est avoir 5 techniques qui fonctionnent bien pour se défendre, et les perfectionner vraiment. Savoir les placer. Savoir quand les placer. Savoir quand ne pas les placer.
Faire plus avec moins, au final, c'est un peu être plus, et paraître moins, non ?
Des contre exemples ?
- Le tuning. Même moteur, même bagnole, mais plus de gueule.
- Les mecs qui se mettent en valeur avec tous les trucs qu'ils vont faire, au lieu de juste se contenter de savoir ce qu'ils ont fait.
- Les bibelots. Les sabres émoussés qui prennent la poussière sur les murs. Les flingues décoratifs. Les décorations de pacotille sur les tomahawk qui n'ont jamais servi.
- Les katas musicaux, les coups de pieds sautés et le karaté artistique.
- Les nichons en silicone, le botox, et les moumoutes.
- Les tigres à qui on a coupé les griffes, les c*u!lles et qui dorment l'estomac plein d'une viande qu'ils n'ont jamais tuée eux-mêmes.
Bah ouais, je sais. Je vais pas me faire des copains. D'ailleurs je pourrais bien m'en vouloir à moi-même, parce que je m'autodérisionne aussi, pour le coup. Moi aussi j'ai déjà fait des coups de pied sautés qui ne servaient à rien d'autre qu'à me donner une fausse bonne image de moi-même... Mais le fait est là. Je cherchais à paraître, et pas à faire.
Et si la liberté, la robustesse, l'indépendance et la simplicité étaient liées ? Et si tout ça était, en fait, un peu tout le même bordel ?
J'en sais rien. Je veux juger personne... mais je trouve quand même qu'on vit une époque formidable.
Allez. Je vais aller voir mon pote le Dr. House ;)Nous montons les montagnes comme nous faisons l'amour
Nous parlons souvent de la montagne. Nous achètons du matériel. Nous passons dans des magasins bondés, vendant des articles hors de prix, puis nous sortons nos cartes IGN toutes neuves, et nous calculons les dénivelés, les litres d'eau, les jours de vacances...
La montagne... on s'y rue par troupeaux entiers, dès les premières neiges ou dès les premières vacances d'été pour aller respirer bruyamment quelques litres d'un air digne de ce nom... L'espace de quelques jours, on se sent libre, on effraie les animaux, on oublie ses déchets et on retrouve un semblant de force intérieure pour repartir au bureau. Drôle de monde. Heureusement de plus en plus de gens respectent la nature et y pénètrent un peu sur la pointe des pieds, en faisant de leur mieux pour profiter sans déranger, pour admirer sans saccager. Et paradoxalement, c'est souvent dans ces endroits où la nature sauvage se fait plus rare et plus petite que les gens sont le plus soucieux de ne plus trop l'abîmer.
La montagne...
Je me sens mal à l'aise de parler des merveilles que j'y ai trouvé. Mal à l'aise, surtout parce que j'ai le sentiment que la montagne ne veut pas que je la raconte trop bien. La montagne, comme une amante réservée, ne se donne qu'à ceux qui font l'effort de vaincre leurs peurs, de surmonter leur timidité, et de soulever leur corps jusqu'à elle.
Dans la montagne, le souffle s'allonge. La tête devient légère devant le vide immense, et le corps, tout entier, devient lourd. On a tout loisir d'apprécier chaque gramme de notre être, alors qu'on le hisse, pas à pas, vers le haut. Dans la montagne, le regard, obstrué et frustré pendant la montée, explose subitement, presque vertigineusement à chaque col qu'on passe, à chaque crête qu'on atteint, où on découvre à chaque fois un paysage nouveau, toujours plus immense au fur et à mesure que l'on grimpe.
La roche, dure et belle, et les pierriers qui roulent sans relâche vers la vallée, et les pentes herbeuses où s'ébattent les chamois et les bouquetins, et les marmottes, et les pins à crochet... tout semble immense, immuable, éternel, et pourtant la montagne s'effrite et s'écroule sans arrêt, dans une agonie parfois spectaculaire, mais le plus souvent lente et monotone.
Chaque montagne est un individu à part entière. Une montagne peut être belle, magnifique, moyennement belle, très grande ou petite... mais elle vit. Elle respire. Elle transpire. Elle digère. Elle vieillit, et elle mourra, lentement, interminablement, lorsque son heure géologique aura sonné. Et comme tout être vivant, elle s'insère pleinement dans la complexité de tous les cercles de la vie. Elle interagit avec la nature et en fait partie, exactement comme nous... simplement sur une période incalculablement longue.
On ne peut pas — contrairement à ce que semblent croire certains — vaincre une montagne, ni la conquérir, ni se vanter d'avoir pu dominer son sommet. La montagne, comme la Grande Mère en personne, ne peut pas être vaincue, ni battue, ni dominée. Elle peut, si elle le souhaite, nous ouvrir ses bras et nous laisser passer.
Nous montons les montagnes comme nous faisons l'amour. Beaucoup le font vite, de manière sportive, pour se prouver à eux-mêmes qu'ils en ont dans le pantalon. D'autres, timides, fatigués, ou alors trop ambitieux, s'essoufflent et s'épuisent en vain, sans jamais connaître ce moment merveilleux où on sent qu'on a assez monté, et qu'on peut s'arrêter et savourer le repos, la vue, l'espace et le calme.
Seuls ceux qui l'aiment vraiment peuvent pleinement jouir de la montagne... j'aimerais pouvoir dire « avec » la montagne, parcourant doucement, amoureusement et avec dextérité ses pentes et ses courbes, prenant le temps de la voir, de la toucher, de la sentir, de la connaître... En portant sur la montagne un regard attentif, amoureux et respectueux, on apprend beaucoup de choses sur elle, et on se découvre souvent soi-même.
La montagne, par son silence, nous explique clairement et simplement des choses essentielles. C'est bien une des raisons qui font que je la parcours sans bruit, en soufflant le plus doucement et le plus amoureusement possible sur sa peau rocailleuse. Je la caresse du regard, l'effleure de la main. Je la crains, je la respecte, je suis attentif à ses humeurs, et malgré tout ce temps passé avec elle je n'ai toujours pas l'impression de la connaître assez bien. Il faudrait sans doute une vie entière pour ça. Bref, je suis un amant un peu novice, un peu insistant, souvent trop présent et maladroit... Je n'aurai jamais le pied agile des chamois, ni le souffle infini des ours, ni le pas à la fois furtif et craintif d'un loup... pourtant j'aime la montagne. Toute la montagne.
C'est peut-être un bon début... je ne sais pas.
Les QUATRE petits cochons
Il était une fois 4 petits cochons qui vivaient avec leur maman. Un jour, leur maman leur dit, les yeux pleins de larmes :
- Vous êtes grands, maintenant. Cassez vous !
Alors dès le lendemain, ils partirent avec leur baluchon et cherchèrent un endroit pour établir leur demeure.
Le premier petit cochon était bien rose et bien gras, et il aimait bien se reposer. Alors quand il croisa un fermier avec des bottes de foin, il les lui demanda. Le fermier les lui donna. Le petit cochon bien gras en fit, vite vait, une sorte de cabane et s'installa dehors pour faire la sieste au soleil.
Le loup, qui passait par là, s'approcha. Le petit cochon se réveilla juste à temps pour aller se réfugier dans la maison de paille.
- Petit cochon, gentil petit cochon, laisse-moi entrer !
- Non mais oh tu te crois où ? Plutôt crever !
- C'est bien ce qui risque de t'arriver...
- Laisse moi dormir tranquille !
Et le loup souffla, et souffla... et la maison s'envola.
Le petit cochon, bien rose et bien gras, tenta la technique du CFC (*), mais après 8m de sprint le loup, beaucoup plus rapide, le chopa. Après lui avoir volé tout son liquide et fait avouer son code de carte bleue, le loup encula le petit cochon paresseux et le tua devant des bourgeois qui passaient par là. Evidemment personne ne bougea parce qu'on ne sait jamais. Les loups, des fois, ils ont de bonnes raisons pour enc**er et tuer les petits cochons. Il faut les comprendre.
Le deuxième petit cochon était un baba cool. Il était en pleine forme, svelte et bien portant, et il mangeait plein de légumes de saison. Il voulait que son habitat soit économe en énergie et il souhaitait pouvoir utiliser des matériaux recyclables pour avoir un impact minimal sur l'environnement. Donc il paya super cher son bois Red Cedar venu de l'autre bout du monde en avion et réussit à épater tous ses copains baba cool en disant qu'il avait une maison totalement saine et que lui au moins il ne pourrissait pas la vie de la terre. Il oublia de penser au fait qu'il habitait au beau milieu d'une magnifique zone boisée qu'on avait déboisé juste pour lui et qu'il se tapait 40km en bagnole tous les jours pour aller bosser.
Le loup passa par là alors que le petit cochon baba cool était en RTT. Le petit cochon se réfugia dans sa maison.
- Petit cochon, gentil petit cochon, laisse moi entrer !
- Eh arrête c'est pas cool... et c'est mauvais pour ton karma de m'agresser !
- Non mais en fait je vais pas juste t'agresser...
- Allez, je suis sûr que si on prend le temps de se parler en ouvrant nos chakras...
Et le loup souffla, et souffla... et la maison en Red Cedar s'envola.
Le petit cochon baba cool eut plus de chance que son frère. Il était svelte et rapide, et il courut plus vite que le loup. Et il arriva rapidement chez le troisième petit cochon.
Le troisième petit cochon était bien préparé et un peu parano. Il vivait dans une maison en béton armé, il avait des barbelés et des caméras de surveillance. Avant de laisser rentrer son frère qui arrivait en hurlant et en pleurant, il lui demanda de regarder dans le système d'identification biométrique. Avant que l'autre ne comprenne, le loup était là et l'avait choppé.
Alors le loup, juste devant la porte fermée, vola tout le fric du petit cochon baba cool et lui fit avouer son code de carte bleue. Ensuite il l'encula, le tua, et le cloua sur la porte blindée. Et il gueula :
- petit cochon, gentil petit cochon, laisse moi entrer sinon il va t'arriver la même chose !
- mon frère était un faible et un communiste ! Moi tu ne m'auras pas. Casse toi ici c'est une propriété privée !!!
Alors le loup souffla, et souffla... et la maison resta là.
Alors là le loup s'énerva et décida qu'il allait l'avoir à l'usure. Il s'éloigna des caméras de surveillance, et quand un camion de livraison se pointa, il l'intercepta.
- tu vas où comme ça, petit gars ?
- je vais livrer trois caisses de munitions au petit cochon parano.
Alors le loup choppa le livreur, lui prit son uniforme, lui arrachea un rein, lui vola son fric, lui fit avouer son code de carte bleue, etc, etc. Puis il prit le camion et roula.
Arrivant près de l'entrée, le petit cochon parano l'attendait près du portail.
- c'est pas trop tôt, j'ai commandé ces munitions sur internet depuis au moins trois mois ! En plus y'a un loup dans les parages. Vous l'auriez pas eu en visuel, par hasard ?
- Si. Il est devant toi gros c*n !
Et là le petit cochon parano dégaina son spray, lâcha une giclée d'OC en gel dans la truffe du canidé, et tenta de se retirer dans sa maison. Mais hélas le loup fut, même aveuglé et la morve au nez, plus rapide et coinca la porte avec son pied. Impossible de la refermer... le petit cochon parano eut tout juste le temps de chopper son glock, son 12 à pompe, ses munitions et son Bug Out Bag. Il descendit en rappel de son balcon au moment où le loup commençait à récupérer. Et le petit cochon stressé décida de partir au pas de course vers les montagnes... ENFIN il y avait de la m*rde dans le ventilo pour justifier tous ses achats !!!
Mais vu comme il était chargé, et vu tout le temps qu'il passait sur les forums de survie US, le petit cochon parano n'avait pas un très bon cardio et du coup même s'il avait de l'avance, le loup le suivit à la trace sans se presser et le rattrapa tranquilement. Après 5h de marche forcée, le petit cochon parano s'écroula et serra son 12 à pompe contre son coeur qui battait comme un fou. Et, complètement épuisé, il s'endormit. Le loup qui avait encore les yeux qui piquaient entendit des ronflements. Il s'approcha sans bruit, et se rendit compte que le petit cochon parano n'était rien sans sa maison blindée. Il le désarma, lui piqua ses munitions, son argent liquide, son or, puis il l'encula, lui balanca une giclée d'OC sur la rondelle et mit fin à ses souffrances seulement quand il avoua le code de son coffre et l'emlacement de sa cache d'armes.
Le quatrième petit cochon était étrange. Il était tout poilu, rapide pour sa corpulence, et ses canines étaient plus longues. C'était un petit cochon sauvage. Et tout le monde avait peur de lui parce qu'il pensait librement et n'avait besoin de l'autorisation de personne pour être bien dans ses baskets. En plus il disait ce qu'il pensait et il trouvait toujours des solutions à tous les problèmes. Il passait le plus clair de son temps dans la forêt et dans la montagne, ou alors il venait en ville de temps en temps pour voir des potes et s'acheter du sel ou une gamelle. Il avait une ouïe très fine, un odorat sans pareil, une vue nette, et il ne se privait pas pour voir, entendre et sentir les choses de très loin. Il menait une vie simple, et se satisfaisait de peu, parce que ça lui permettait de profiter de la beauté de la nature, de se sentir libre et indépendant, et parce qu'il aimait ça, tout simplement.
Quand le loup se pointa à l'orée de la forêt, une pie s'en offusqua, ce qui dérangea un écureuil, ce qui énerva un acacias, qui le dit à une chenille processionnaire, qui frissonna. Ce frisson n'échappa pas à l'oeil du petit cochon sauvage et son cerveau traita instantanément l'information en lui transmettant un petit sentiment désagréable.
Le petit cochon sauvage se rappela de son pote le Héron et se dit "quand ça sent la m*rde c'est qu'il y en a une pas loin". Alors le petit cochon sauvage fût particulièrement sur ses gardes pendant cette journée, et alors qu'il cueillait des fleurs de tussilage pour soigner la toux d'un vieux du village, il sentit une présence dans son dos.
Il se releva, scanna à 360, en code orange, et prit à la main son bâton à lapins.
- eh, le loup, tu peux sortir de ton buisson, y'a ton cul qui dépasse...
- petit cochon, gentil petit cochon, euh...
- laisse moi entrer, c'est ça que t'allais dire ?
Et au moment où le loup réfléchissait à la question, il mangea un rabbit stick dans sa gueule, suivi par une avalanche de coups en variant les niveaux. Ensuite le petit cochon sauvage scanna à 360 et décida qu'un peu de protides lui feraient du bien. Alors il ouvrit les fémorales du loup, fouilla dans son sac et y trouva des armes à feu, du fric, de l'or et plein de munitions qui allaient l'aider grandement pour la chasse. Pour le reste, c'était plein de bordel et de gadgets inutiles. Le sac à dos était pas mal, mais il était beaucoup trop grand, donc il enterra tout cet attirail sur place.
Le soir venu, dans une clairière, la moitié du loup mijotait sur le feu de bois avec des carottes sauvages et des topinambours, et l'autre moitié, les morceaux les plus tendres, était déjà coupée en lamelles et séchait tout doucement dans le fumoir, à côté de l'alambic clandestin. Et le petit cochon sauvage râclait une belle peau qui ferait un beau manteau pour le vieux du village qui avait toujours froid en hiver. Il n'avait toujours pas de maison et il s'en foutait parce qu'en fait il avait un tarp en silnylon, des vêtements chauds et un bon duvet. Et de dormir caressé par l'air frais et l'odeur des plantes de la forêt valait tous les palaces du monde !
La morale de cette histoire, bah faut pas hésiter à sortir du cadre... Et pis fuck les morales j'en sais rien moi en fait :)
Un petit coup de nombrilisme pour mettre les choses au clair...
Depuis peu, et de plus en plus souvent, j'ai des échos bizarres, des mecs me posent des questions par mail ou en stage, me demandent si j'ai fait partie des forces spéciales, s'il m'arrive de bosser pour la DGSE, si j'entraîne aussi les militaires, si ceci, si cela. Plusieurs petits mythes commencent ainsi à circuler sur mon compte. Aussi je souhaiterais tout de suite couper l'herbe sous le pied à certains délires, par souci de vérité, et pour éviter qu'on me reproche ensuite d'être un mytho qui se fait passer pour un [insérer ici un truc bien cool].
Je ne sais pas toujours trop qui est David Manise, mais je peux déjà vous dire ce que je ne suis pas.
1 - Le passé militaire, les forces spéciales, et tout le bordel : Ca c'est le truc que j'entends le plus souvent. Plusieurs personnes, apparemment, pensent que je fais ou que j'ai fait partie des forces spéciales canadiennes. C'EST PAS VRAI. D'ailleurs au temps où j'étais là-bas, il n'y avait même pas de forces spéciales au Québec. Pire que ça, je n'ai jamais été incorporé dans l'armée. J'ai eu, pendant un temps au Québec, des potes militaires avec qui on s'est tapé quelques délires, et à qui j'ai montré deux ou trois petits trucs à moi. Et c'est tout. Comme la survie est un domaine qui est utile NOTAMMENT (et pas seulement) aux militaires, il m'arrive depuis quelques temps de donner des stages à des militaires qui viennent me voir à titre personnel, sur leurs fonds propres. Et c'est tout. Je n'ai jamais été dans les forces spéciales. Je n'ai jamais été lié par contrat à une armée, ni en France, ni en Belgique, ni au Canada.
2 - Les services secrets, le renseignement et tout : je ne suis pas un agent secret, je ne bosse pas dans le renseignement, et je ne l'ai jamais fait. Faut arrêter de délirer les mecs. Je suis un civil ordinaire.
3 - Les sociétés militaires privées : je ne bosse ni pour blackwater, ni pour secopex, ni pour aucune structure plus petite de cet ordre. Je ne suis pas un "contractor" ni on formateur de contractor.
Voilà. Comme ça c'est clair ;)
Où et comment est-ce que j'ai été formé, du coup ?
J'ai grandi au fin fond du Québec, près d'une rivière à saumon magnifique et dans la forêt. Nos jeux, quand on était gamins, c'était de faire du feu, construire des abris, couper du bois, pister, goûter des plantes, chasser les écureuils, traverser les bras de rivière pour aller voir de l'autre côté, de dormir dehors sous nos ponchos, nos machettes serrées contre nous parce que nous avions peur des ours -- Bref je suis tombé dedans quand j'était petit. Je me marre quand des gens me demandent "quand j'ai appris" un truc. Je réponds parfois par une question simple "et toi, t'as appris quand à faire la vaisselle ?"... Il me semble que j'ai toujours su faire. Evidemment, depuis 2003, moment où j'ai décidé de partager mes connaissances sur la vie sauvage et la survie, j'ai énormément lu et je me suis énormément documenté, de manière à compléter mes connaissances "de terrain" par de solides bases scientifiques, pédagogiques et techniques. Depuis près de trois ans maintenant, grâce à l'aide de Philippe Perotti notamment, j'ai énormément structuré mes cours, et j'ai découvert une forme de pédagogie très épurée qui est à la fois extrêmement efficace et très satisfaisante intellectuellement. C'est donc depuis 2003 que mon approche de la survie a le plus pris forme, mais ça a toujours été en moi, et je pense que ça ne me quittera jamais.
Et la self-défense, là-dedans ? Je tiens ça d'où ?
J'ai commencé les arts martiaux traditionnels pendant mon enfance. Et j'ai commencé à travailler comme videur dans les bars avant même d'avoir eu l'âge légal d'y entrer (16 ans). J'étais déjà et je suis toujours assez costaud pour le job. Mais j'avoue qu'au début j'en ai bien chié. Et j'ai appris sur le tas à faire la différence entre les choses qui fonctionnent au dojo pour marquer des points, et les trucs qui nous sauvent la vie contre des gens plus forts, plus agressifs, plus violents, mieux armés. J'ai ainsi été videur en pointillés, et dans divers bars plus ou moins glauques, pendant près de neuf ans, jusqu'à la fin de mes études universitaires en 2000. J'en ai surtout tiré, à part quelques séquelles et quelques cicatrices, un profond amour pour le dialogue, la non-violence et la paix. J'ai appris à désamorcer. J'ai appris à sourire calmement sans pour autant baisser ma garde. J'ai aussi appris que parfois la seule façon d'en sortir sans bobo est de cogner le premier. En 2005, j'ai eu la chance de rencontrer Jean-Pierre Baron, Patrick Vincent, et un volatile très dense nommé Fred Perrin. Grâce à eux, j'ai pu découvrir toute une autre dimension à la self-défense. Ils m'ont ouvert des portes insoupçonnées, et grâce à eux mon parcours de combattant, que je croyais relativement achevé, s'est ouvert sur des dimensions nouvelles. Et je creuse, je creuse, je creuse. Mes recherches sont nourries, aussi, par des gens qui apportent énormément sans trop compter, comme Serge (bald, clumsy, but certainly no fool), comme Rich Dimitri, comme Sielwolf, comme Rod, comme Eric L, et Eric L, y'a deux Erics L, c'est pas une coquille... Merci à vous tous, les gars. Une nouvelle quête s'est engagée, parallèlement à ma recherche permanente dans le domaine de la survie nature.
Pour certaines personnes qui aiment bien les catégories bien nettes et les choses bien à leur place, ces deux "branches" de mon activité sont contradictoires. Mais elles ne le sont pas. La survie, c'est de savoir prévenir et faire face aux situations menaçantes diverses et variées. Les agressions physiques sont aussi des situations menaçantes, au même titre qu'une nuit froide ou qu'un manque d'eau.
Encore une troisième branche se dessine actuellement dans mon enseignement : le secourisme, que nous avons tendance à beaucoup trop négliger. J'ai recommencé depuis quelques mois à faire des postes de secours avec l'antenne locale de la CRF. J'avais déjà été secouriste bénévole au Québec, et je retrouve avec une joie non dissimulée les mêmes problèmes ici que là-bas : les bénévoles qu'on ne voit jamais, les équipes qui manquent de moyens... mais ce sont de beaux défis. Je repasse en ce moment les diverses formations (puisqu'il n'y a pas d'équivalences avec le Québec), pour devenir formateur en secourisme... ce qui fera une troisième branche à mon bordel.
Voilà.
Désolé pour le trip d'égo... mais je sentais qu'il devenait important de mettre certaines choses au clair sur moi, et sur mon background.
Gardez le sourire (et faites des pompes ;))...
David